Rapport de branche 2024 : Les visages et les parcours des salariés d’un secteur en pleine évolution
En 2024, la branche des Commerces et Services de l’Audiovisuel, de l’Électronique et de l’Équipement Ménager compte près de 68 427 salariés répartis dans 4 918 entreprises employant au moins un salarié. Ce secteur, marqué par des transformations économiques et technologiques, doit aussi faire face à des enjeux sociaux majeurs : attractivité des métiers, fidélisation des talents, adaptation des compétences, et amélioration des conditions de travail. À travers une analyse détaillée des données sociales, cet article explore les réalités humaines d’une profession en quête d’équilibre entre tradition artisanale et innovation.
Une main-d’œuvre majoritairement masculine, mais des disparités persistantes
En 2024, les hommes représentent 66 % des effectifs salariés de la branche, soit une augmentation d’un point par rapport à 2023. Cette surreprésentation masculine s’observe particulièrement dans les métiers techniques, comme la réparation d’appareils électroménagers ou l’installation d’équipements, où les femmes ne constituent que 34 % des salariés.
À l’inverse, les fonctions administratives ou commerciales attirent davantage de femmes, qui y occupent près de 40 % des postes.
Les entreprises de plus grande taille (50 salariés et plus) affichent un taux de féminisation légèrement supérieur (37 %), mais les écarts restent marqués selon les métiers et les responsabilités. Cette répartition inégale interroge sur les stéréotypes persistants et les opportunités d’évolution professionnelle offertes aux femmes dans un secteur encore très genré.
Des contrats stables, mais une précarité contenue
Neuf salariés sur dix bénéficient d’un contrat à durée indéterminée (CDI) en 2024, un indicateur de stabilité qui contraste avec d’autres secteurs économiques. Cependant, les contrats à durée déterminée (CDD) restent plus fréquents dans les grandes structures (13 % contre 9 % dans les entreprises de moins de 50 salariés), reflétant une flexibilité accrue pour répondre aux fluctuations d’activité.
L’alternance, quant à elle, connaît un essor notable avec 4 693 contrats signés en 2024, dont 4 278 en apprentissage. Ces dispositifs, souvent perçus comme un levier d’insertion pour les jeunes, permettent aussi aux entreprises de former des talents adaptés à leurs besoins spécifiques. Les tuteurs, majoritairement masculins (77 % pour l’apprentissage) et âgés en moyenne de 39 ans, jouent un rôle clé dans cette transmission des savoir-faire.
Un secteur vieillissant, entre expérience et renouvellement
L’âge moyen des salariés s’établit à 38 ans en 2024, avec une légère hausse dans les petites structures (40 ans pour les entreprises de 1 à 9 salariés). Cette tendance reflète à la fois l’expérience accumulée par les salariés et le défi du renouvellement des générations.
Les moins de 25 ans ne représentent que 12 % des effectifs, tandis que les 50 ans et plus en constituent 28 %, soulignant l’enjeu de la transmission des compétences et de l’attractivité du secteur pour les jeunes talents.
L’ancienneté moyenne, stable à 9,5 ans, témoigne d’une certaine fidélisation des salariés, notamment dans les petites entreprises où elle atteint 10 ans.
Cependant, les départs restent élevés, avec un taux de turnover de 17 % en 2024, plus marqué dans les grandes structures (20 %). Les démissions (38,5 % des départs) et les fins de période d’essai (16 %) révèlent des tensions sur le marché du travail, où la recherche de sens et de conditions de travail satisfaisantes devient centrale.
La formation, un levier stratégique pour l’adaptation des compétences
Face aux mutations technologiques et réglementaires, la formation professionnelle s’impose comme un pilier de la compétitivité du secteur.
En 2024, 1 462 199 euros ont été engagés dans le Plan de Développement des Compétences, avec une utilisation accrue des dispositifs comme “Compétences +”, qui permet aux TPE et PME de former leurs salariés à des coûts maîtrisés.
Les formations en alternance, quant à elles, se concentrent sur des métiers porteurs : technicien en électroménager connecté, management commercial, ou encore réparation et revalorisation d’appareils. Les certifications préparées reflètent cette diversité, avec une forte demande pour les BTS en management commercial ou en négociation digitale.
Les femmes, bien que minoritaires dans les filières techniques, représentent 27 % des apprentis en BTS Management Commercial Opérationnel, un signe encourageant pour la mixité des métiers.
Des rémunérations en hausse, mais des écarts selon les métiers et les régions
Les salaires dans la branche ont progressé en 2024, avec une moyenne qui reste cependant inférieure à celle d’autres secteurs industriels ou technologiques.
Les écarts régionaux sont significatifs : un salarié en Île-de-France gagne en moyenne 131 euros de plus par mois qu’un salarié en Bourgogne-Franche-Comté, reflétant les disparités économiques et le coût de la vie.
Les ouvriers et employés, qui représentent 76 % des effectifs, perçoivent des salaires souvent proches du SMIC, tandis que les cadres (16,5 % des effectifs) bénéficient de rémunérations plus attractives. Cette hiérarchie salariale, bien que classique, interroge sur la valorisation des métiers manuels et techniques, essentiels à la pérennité du secteur.
Des conditions de travail en amélioration, mais des risques persistants
Les conditions de travail restent un enjeu majeur pour la branche. Les métiers de la réparation et de l’installation, souvent exercés en déplacement ou en atelier, exposent les salariés à des risques physiques (port de charges, postures contraignantes) et psychologiques (pression client, isolement).
En 2024, 3 % des salariés sont reconnus en situation de handicap, un taux inférieur à la moyenne nationale (3,6 %), mais en progression grâce à des politiques d’inclusion renforcées.
Les entreprises de plus de 50 salariés, soumises à des obligations légales plus strictes, affichent un taux de travailleurs handicapés de 4,2 %, contre seulement 1,6 % dans les petites structures. Cette disparité souligne l’importance d’un accompagnement adapté pour les TPE et PME, souvent moins outillées pour mettre en place des dispositifs d’accessibilité ou d’aménagement de poste.
Les initiatives en faveur de l’alternance, de la formation continue et de l’inclusion des travailleurs handicapés montrent une volonté de progression. Cependant, leur succès dépendra de la capacité des acteurs du secteur – entreprises, syndicats, opérateurs de compétences – à travailler ensemble pour construire une vision commune. Une vision où chaque salarié, qu’il soit technicien, vendeur ou cadre, trouvera sa place et son épanouissement.
Le secteur des Commerces et Services de l’Audiovisuel, de l’Électronique et de l’Équipement Ménager incarne les paradoxes de l’économie française : à la fois ancré dans des savoir-faire artisanaux et confronté aux défis de la modernité. Ses salariés, par leur diversité et leur engagement, en sont les premiers artisans. Leur accompagnement, leur formation et leur bien-être au travail seront déterminants pour assurer la pérennité et la compétitivité de la branche dans les années à venir.